Nvidia met fin à ses investissements dans OpenAI et Anthropic. Jensen Huang a confirmé ce retrait le 4 mars 2026 lors de la conférence Morgan Stanley Technology, Media and Telecom à San Francisco.
Une justification officielle peu convaincante
L’argument avancé par le PDG de Nvidia est le suivant : OpenAI et Anthropic préparant leur introduction en bourse cette année, la fenêtre des levées de fonds en capital privé se referme mécaniquement. « Je n’aurai probablement plus l’opportunité d’investir dans une entreprise conséquente comme celle-ci », a déclaré Jensen Huang, PDG de Nvidia, lors de la conférence Morgan Stanley Technology, Media and Telecom.
Le problème, c’est que cette explication résiste mal à l’analyse. Dans le capital-risque en phase avancée, les fonds institutionnels investissent régulièrement jusqu’à la veille d’une IPO pour capter une dernière tranche de valorisation. Nvidia n’avait donc aucune obligation structurelle de se retirer à ce stade précis.
Interrogé par TechCrunch le 4 mars 2026, un porte-parole de Nvidia a renvoyé vers un extrait de l’appel aux résultats du quatrième trimestre, où Huang avait expliqué que tous les investissements du groupe sont « orientés très précisément, de façon stratégique, vers l’expansion et l’approfondissement de notre portée dans l’écosystème ». (« focused very squarely, strategically on expanding and deepening our ecosystem reach. »)
De 100 à 30 milliards : l’engagement qui a fondu
Pour mesurer l’ampleur du recul, il faut revenir en septembre 2025, quand Nvidia annonçait un investissement potentiel de 100 milliards de dollars dans OpenAI. Dès l’annonce, le professeur Michael Cusumano de la MIT Sloan School of Management avait décrit l’opération comme « une sorte de jeu à somme nulle » dans une déclaration rapportée par le Financial Times, observant qu’OpenAI allait acheter pour 100 milliards ou plus de puces Nvidia, pendant que Nvidia investissait 100 milliards dans OpenAI.
Le résultat final est très différent de la promesse initiale. Dans le cadre du tour de financement de 110 milliards de dollars bouclé par OpenAI fin février 2026, Nvidia a finalement participé à hauteur de $30 billion, aux côtés d’Amazon (50 milliards) et de SoftBank (30 milliards), selon un communiqué d’OpenAI rapporté par CNBC. La valorisation pré-money d’OpenAI ressort à 730 milliards de dollars lors de ce tour, contre 500 milliards lors d’une opération secondaire en octobre 2025, selon CNBC. L’engagement initial de 100 milliards n’a donc jamais été honoré dans son intégralité, et Nvidia versera ses 30 milliards en trois tranches, les 1er avril, 1er juillet et 1er octobre 2026, selon Le Magit.
Anthropic, de l’investissement au conflit politique
La relation entre Nvidia et Anthropic est encore plus complexe. En novembre 2025, Nvidia annonçait un investissement de 10 milliards de dollars dans la startup. Deux mois à peine après cette annonce, Dario Amodei, PDG d’Anthropic, prenait la parole en public à Davos et, sans nommer Nvidia directement, comparait la vente de processeurs IA haute performance à certains clients chinois à « vendre des armes nucléaires à la Corée du Nord », selon TechCrunch. Une formulation publique particulièrement cinglante pour un partenaire qui venait d’engager 10 milliards de dollars.
Mais la situation a ensuite pris une tout autre dimension. Fin février 2026, l’administration Trump a inscrit Anthropic sur liste noire, interdisant aux agences fédérales et aux contractants militaires d’utiliser ses technologies, après qu’Anthropic a refusé d’autoriser l’utilisation de ses modèles à des fins d’armement autonome ou de surveillance domestique à grande échelle, selon NPR. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a officiellement désigné Anthropic comme « risque pour la chaîne d’approvisionnement en matière de sécurité nationale », selon NPR.
Deux entreprises qui tirent dans des directions opposées
Ce qui rend la position de Nvidia particulièrement délicate, c’est que ses deux participations ont pris, en l’espace de quelques jours, des trajectoires ouvertement contradictoires. Quelques heures après l’annonce du blacklist d’Anthropic, OpenAI concluait un accord avec le Pentagone, une décision qualifiée de « mensongère » par Anthropic, selon TechCrunch. L’effet sur le marché grand public a été immédiat : Claude, le modèle d’Anthropic, est passé en moins de 24 heures de la 100e position à la première place du classement des applications gratuites sur l’App Store américain, selon des données de Sensor Tower citées par TechCrunch.
Nvidia se retrouve donc actionnaire de deux entreprises en opposition ouverte sur les questions de gouvernance de l’IA et de coopération avec les autorités américaines. Jensen Huang avait certes balayé toute hypothèse de tensions personnelles avec OpenAI, qualifiant cette théorie de « sottises » lors de la conférence Morgan Stanley. (« nonsense. ») Mais l’accumulation de frictions en quelques semaines seulement rend l’explication officielle difficile à accepter telle quelle.
La raison publiquement avancée par Nvidia reste l’argument de l’IPO, mais rien n’indique que cette justification soit complète. Ce qui est certain, c’est que la nature circulaire des investissements croisés, les turbulences politiques autour d’Anthropic et les divergences stratégiques croissantes entre les deux acteurs majeurs de l’IA générative ont rendu la situation suffisamment inconfortable pour justifier un retrait. Pour comprendre la suite, il faudra surveiller comment Nvidia gère ses partenariats commerciaux avec OpenAI et Anthropic, indépendamment de toute participation au capital, à mesure que les deux entreprises avancent vers leur introduction en bourse.




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