Block licencie plus de 4 000 salariés au nom de l’intelligence artificielle. Cette décision, annoncée le 26 février 2026, frappe d’autant plus fort que l’entreprise affiche simultanément des résultats financiers records.
Quand la croissance ne protège plus les emplois
C’est le paradoxe central de cette affaire. Block ne traverse pas une crise. Au quatrième trimestre 2025, la société a enregistré un profit brut de 2,87 milliards de dollars, en progression de 24% sur un an. Cash App, son service de paiement mobile, a affiché une dynamique encore plus forte avec 1,83 milliard de dollars de profit brut, soit +33% en glissement annuel, portée par ses 59 millions d’utilisateurs actifs mensuels. Square, la branche dédiée aux commerçants, a pour sa part progressé de 7% à 993 millions de dollars sur le même trimestre.
Ces chiffres décrivent une entreprise en très bonne santé. Le revenu brut annuel de Block pour l’ensemble de 2025 a atteint 10,36 milliards de dollars, en hausse de 17% par rapport à l’année précédente. C’est dans ce contexte de croissance soutenue que Jack Dorsey a choisi d’annoncer la suppression de 40% des postes, réduisant les effectifs de 10 000 à un peu moins de 6 000 personnes.
L’IA comme argument central, pas comme prétexte
Dans un post publié sur X, Jack Dorsey, co-fondateur et PDG de Block, a exposé sa logique directement. Selon lui, les outils d’intelligence artificielle développés en interne permettent à des équipes plus réduites de produire davantage, et mieux. « Les capacités des outils d’intelligence s’accélèrent chaque semaine un peu plus vite », a-t-il écrit dans un post sur X. *(Intelligence tool capabilities are compounding faster every week.)*
Amrita Ahuja, directrice financière de Block, a confirmé cette orientation dans ses déclarations aux analystes, affirmant que les suppressions de postes devaient permettre à la société de « progresser plus vite avec des équipes plus réduites et très compétentes, en utilisant l’IA pour automatiser davantage de travail », a déclaré Amrita Ahuja, directrice financière de Block, dans une interview accordée à TechCrunch. *(move faster with smaller, highly talented teams using AI to automate more work.)*
Block ne se contente pas d’utiliser des outils tiers. La société développe en interne son propre assistant d’intelligence artificielle, baptisé Goose, conçu pour améliorer la productivité des équipes techniques. Cette démarche illustre une stratégie qui dépasse les déclarations de façade : Block construit activement les outils qui justifient, selon son dirigeant, la réduction de ses effectifs.
Une coupe franche plutôt que des suppressions progressives
Jack Dorsey a également justifié sa méthode. Plutôt que de procéder à des vagues successives de licenciements sur plusieurs mois, il a opté pour une seule décision, immédiate et nette. « Des licenciements répétés sont néfastes pour le moral, la concentration et la confiance que nos clients et actionnaires placent en notre capacité à diriger », a-t-il écrit dans un post sur X. *(Repeated layoffs are detrimental to morale, focus, and the confidence that customers and shareholders have in our leadership capabilities.)*
Sur le plan pratique, les salariés licenciés se voient proposer une indemnité de départ, six mois de couverture santé, et une aide de 5 000 dollars pour faciliter leur transition professionnelle, a précisé Jack Dorsey dans un message adressé aux équipes et partagé sur X. Un geste financier réel, même si son ampleur reste modeste au regard de l’étendue des suppressions de postes.
Wall Street applaudit, les salariés digèrent
Les marchés ont réagi sans équivoque. Le titre Block a bondi de plus de 23% en after-hours trading après l’annonce, atteignant près de 69 dollars par action contre 54,53 dollars en clôture normale. L’équation est simple pour les investisseurs : moins de masse salariale, un profit brut en forte hausse et des marges qui s’améliorent trimestre après trimestre, avec un revenu opérationnel ajusté en progression de 46% sur un an.
Du côté des commentaires, la tonalité est moins unanime. The Register a ironisé sur la session vidéo en direct organisée par Dorsey pour « remercier » les 4 000 personnes licenciées, une démarche que le PDG a lui-même qualifiée d’« étrange mais humaine ». Cette tension entre le discours bienveillant et la réalité d’un licenciement massif dans une entreprise pleinement profitable illustre les contradictions visibles dans tout le secteur tech.
Un signal pour toute l’industrie technologique
Jack Dorsey ne s’est pas limité à expliquer les choix de Block. Il a formulé une prédiction directe à l’attention de l’ensemble du secteur lors d’un appel avec des analystes. « Je ne pense pas que nous soyons en avance sur cette prise de conscience. Je pense que la plupart des entreprises sont en retard. Dans l’année qui vient, je crois que la majorité des entreprises arriveront à la même conclusion et feront des changements structurels similaires. Je préfère y arriver honnêtement et à nos propres conditions plutôt que d’y être contraint de façon réactive », a-t-il déclaré lors de l’appel avec des analystes. *(I don’t think we’re early to this realization. I think most companies are late. Within the next year, I believe the majority of companies will reach the same conclusion and make similar structural changes. I’d rather get there honestly and on our own terms than be forced into it reactively.)*
Ce discours s’inscrit dans un mouvement déjà visible. Amazon, Meta, Microsoft, Pinterest, CrowdStrike ou encore Salesforce ont tous cité l’IA comme facteur dans leurs propres réductions d’effectifs ces derniers mois. Block représente cependant l’un des premiers cas documentés où la restructuration est entièrement et explicitement attribuée à l’IA, et non à une crise économique ou à des résultats décevants. Pour les équipes RH, les syndicats et les travailleurs du secteur tech, l’annonce de Dorsey fixe un précédent dont les implications dépassent largement les 4 000 personnes concernées ce 26 février 2026.




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