OpenAI s’apprête à entrer sur le marché du hardware grand public avec un premier produit physique ambitieux : une enceinte connectée dotée d’une caméra, attendue au plus tôt début 2027 pour un prix compris entre 200 et 300 dollars. Ce n’est pas une simple enceinte à commandes vocales. C’est la première tentative concrète de Sam Altman pour amener ChatGPT dans les foyers, sous une forme physique pensée avec l’un des designers les plus influents de l’industrie tech.
Une enceinte qui vous observe
Selon un rapport de The Information publié le 20 février 2026, le dispositif sera capable de reconnaître son environnement immédiat grâce à sa caméra intégrée. Il pourra identifier des objets posés sur une table, capter des conversations dans la pièce, et adapter ses suggestions en conséquence. Plus notable encore, l’appareil intégrera un système de reconnaissance faciale comparable au Face ID d’Apple, permettant à l’utilisateur de valider des achats en ligne d’un simple regard.
L’objectif affiché n’est pas la réactivité passive, mais l’anticipation. En interne, les équipes d’OpenAI auraient présenté l’appareil comme un assistant capable de suggérer des actions proactives : par exemple, recommander d’aller se coucher tôt la veille d’un rendez-vous matinal détecté dans l’agenda. C’est une rupture nette avec les enceintes connectées actuelles d’Amazon et Google, qui se contentent d’exécuter des commandes.
Plus de 200 ingénieurs et designers travaillent aujourd’hui sur ce projet chez OpenAI. La sortie est fixée au plus tôt en février 2027, selon deux sources proches du dossier citées par The Information.
L’héritage Jony Ive
Ce produit est le premier fruit visible du rachat de io Products, la startup fondée par Jony Ive, l’ancien directeur du design d’Apple à qui l’on doit l’iMac, l’iPhone et l’iPod. OpenAI a acquis cette société en mai 2025 pour un montant proche de 6,5 milliards de dollars, un signal fort de ses intentions industrielles. Ive et son studio LoveFrom sont en charge de la conception physique des appareils, tandis que les équipes internes d’OpenAI assurent le développement logiciel et matériel.
Sam Altman a décrit le futur appareil comme « la pièce de technologie la plus cool que le monde ait jamais vue » lors d’une réunion interne. En novembre 2025, Altman et Ive avaient déjà évoqué publiquement un prototype, en insistant sur un design « apaisé » et non intrusif, très différent du smartphone. L’appareil serait pensé pour coexister discrètement dans le quotidien, sans écran et sans friction.
Des tensions en coulisse
La relation entre LoveFrom et les équipes d’OpenAI n’est pourtant pas sans friction. Plusieurs employés auraient exprimé des reproches sur le manque de transparence du studio de Ive et sur la lenteur des allers-retours lors des révisions de design. Evans Hankey, ancienne responsable du design industriel chez Apple, dirige ce pôle chez OpenAI, et Ive aurait le dernier mot sur la quasi-totalité des décisions esthétiques.
D’autres anciens d’Apple ont rejoint le projet : Tang Tan, Scott Cannon, et Adam Cue, fils de l’ancien vice-président d’Apple Eddy Cue, qui travaille lui sur la partie logicielle. La concentration de talents issus de Cupertino est frappante, et soulève une question sur la capacité d’OpenAI à forger une identité produit vraiment distincte de celle d’Apple.
Lunettes et lampe connectée, pour plus tard
Au-delà de l’enceinte, OpenAI explore d’autres catégories de produits. Des lunettes intelligentes sont en cours de développement, mais leur production de masse n’est pas attendue avant 2028. Une lampe connectée a également fait l’objet de prototypes, bien que The Information précise qu’il reste « incertain » qu’elle soit un jour commercialisée. Ces projets en sont encore aux premières phases, et pourraient être abandonnés selon l’évolution des priorités de l’entreprise.
L’ambition est clairement de construire une plateforme matérielle complète autour de ChatGPT, à l’image de ce qu’Apple a réalisé avec son écosystème. La différence est que OpenAI part de zéro sur le hardware, sans aucune expérience de production à grande échelle.
Un marché déjà très disputé
OpenAI entre dans une course déjà bien engagée. Meta a vendu environ 7 millions de paires de lunettes Ray-Ban connectées en 2025, démontrant que le marché des accessoires IA grand public existe réellement. La prochaine étape pour Meta serait les lunettes Orion, dotées de réalité augmentée, sans date de sortie officielle à ce jour.
Apple, de son côté, n’est pas en reste. La marque de Cupertino prépare ses propres lunettes intelligentes ainsi qu’un pendentif connecté avec microphone et caméra, censé être « les yeux et les oreilles » de l’iPhone. Apple développe aussi un hub domestique avec caméra intégrée, qui rappelle directement la proposition d’OpenAI. Google avance sur Android XR, sa plateforme pour lunettes intelligentes, avec plusieurs partenaires constructeurs.
La bataille qui s’annonce est moins celle des assistants vocaux, marché mature et peu différencié, que celle de la présence contextuelle de l’IA dans l’espace physique. L’enceinte d’OpenAI ne cherche pas seulement à écouter, elle cherche à comprendre l’environnement de l’utilisateur en temps réel. C’est une approche radicalement différente, et dont l’acceptation par le grand public reste la principale inconnue.
Le vrai test : la confiance des utilisateurs
Une caméra permanente dans le salon, capable de reconnaître les visages et d’observer les comportements, soulève des questions légitimes sur la vie privée. OpenAI n’a pas encore communiqué sur les mécanismes de protection des données ou sur les politiques de stockage des informations captées. C’est précisément sur ce point que la concurrence pourrait jouer : Meta a déjà essuyé des critiques virulentes concernant les fonctions de reconnaissance faciale de ses Ray-Ban.
L’enceinte ChatGPT ne sera pas un produit comme les autres. Elle représente le premier pari concret d’OpenAI sur l’idée que l’IA conversationnelle a vocation à quitter l’écran pour s’installer durablement dans les espaces de vie. Que cela soit perçu comme une avancée ou comme une intrusion dépendra autant du design final que des choix éthiques qui l’accompagneront.




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