Computer History de ChatGPT transforme l’activité récente d’un Mac en souvenirs utilisables par l’IA. La fonction reste indisponible en France et soulève plusieurs questions de confidentialité.
Le 14 août 2026, Android Authority a mis en lumière une nouvelle fonction de ChatGPT capable de mémoriser ce que l’utilisateur fait dans ses applications et sur le Web. Le rapprochement avec Windows Recall paraît immédiat, mais les deux systèmes ne collectent pas les mêmes données et ne les traitent pas de la même manière.
OpenAI présente Computer History comme une extension de la mémoire de ChatGPT. L’outil doit permettre de retrouver un document consulté plus tôt, de reprendre une tâche interrompue ou de résumer le travail effectué pendant une journée, sans devoir reconstruire manuellement tout le contexte.
Computer History de ChatGPT ne sera pas disponible en France
La première restriction est importante pour les utilisateurs européens. Computer History est réservé au lancement à l’application ChatGPT pour macOS, avec les abonnements Pro, Business et Enterprise. La fonction n’est actuellement proposée ni dans l’Espace économique européen, donc en France, ni en Suisse, ni au Royaume-Uni, selon la documentation officielle d’OpenAI.
OpenAI ne donne aucune date pour une arrivée dans ces territoires. La documentation ne prévoit pas non plus de version Windows à ce stade. Les utilisateurs de ChatGPT Plus, Free, Go ou Edu ne figurent pas parmi les formules compatibles annoncées.
La fonction reste désactivée par défaut. Un abonné Pro doit choisir de l’activer, tandis qu’un administrateur Business ou Enterprise doit d’abord autoriser son utilisation dans l’espace de travail. Chaque membre conserve ensuite la décision finale. L’autorisation d’un administrateur n’active donc pas automatiquement la collecte sur les Mac de l’entreprise.
Computer History exige également l’activation des mémoires de ChatGPT. Cette dépendance le rattache directement au système présenté dans notre article consacré à la nouvelle architecture de mémoire de ChatGPT.
Des clics et du texte plutôt que des captures d’écran
Computer History observe les événements d’interaction provenant des applications et des sites autorisés. La collecte peut comprendre les clics, la saisie au clavier, les raccourcis, les changements d’application et certaines informations exposées par le système d’accessibilité de macOS.
Ces événements sont périodiquement transformés en résumés textuels. ChatGPT et Codex peuvent ensuite utiliser cette chronologie pour répondre à des demandes comme retrouver un document ouvert plus tôt, dresser la liste des tâches réalisées ou reprendre un travail après une interruption.
OpenAI affirme que Computer History ne réalise aucune capture d’écran, n’enregistre pas l’affichage, le microphone ou le son du système. La navigation privée est également exclue. Cette précision distingue la fonction du projet Chronicle qu’elle remplace. Chronicle utilisait des captures d’écran, alors que Computer History est présenté comme un système entièrement reconstruit et non comme un simple changement de nom.
L’utilisateur peut définir les applications et les sites autorisés, choisir une liste limitée de sources ou exclure certains services. La collecte peut être suspendue depuis la barre de menus de macOS. Les éléments de la chronologie peuvent aussi être examinés et supprimés individuellement.
Des données locales, mais un traitement effectué par OpenAI
Le fonctionnement n’est pas entièrement local. Les événements sont d’abord conservés temporairement sur le Mac, dans un espace isolé associé à l’application ChatGPT. Ces fichiers temporaires sont gardés pendant une durée maximale de 48 heures.
OpenAI lance ensuite une session Codex temporaire qui reçoit le flux d’événements afin de produire les résumés et les mémoires. Ce traitement est réalisé sur les serveurs de l’entreprise. OpenAI affirme ne pas conserver les fichiers d’événements après leur traitement, sauf obligation légale, et ne pas les utiliser pour entraîner ses modèles.
Les mémoires produites reviennent toutefois sur le Mac sous la forme de fichiers Markdown ordinaires. Elles restent présentes jusqu’à leur suppression et ne sont pas chiffrées par Computer History. OpenAI avertit que d’autres logiciels exécutés sous le même compte macOS pourraient être capables d’y accéder.
Une autre nuance concerne les conversations ultérieures. Lorsqu’une mémoire est utilisée par ChatGPT ou Codex, son contenu et certains événements pertinents peuvent devenir une partie du contexte de la discussion. Cette conversation peut alors contribuer à l’amélioration des modèles si les paramètres de données du compte l’autorisent.
La promesse « stockage local » ne signifie donc pas « fonctionnement hors ligne ». Les fichiers finaux restent sur l’ordinateur, mais la fabrication des souvenirs implique bien un passage par l’infrastructure d’OpenAI.
Computer History n’est pas simplement Windows Recall pour Mac
Le parallèle avec Windows Recall aide à comprendre le principe, mais il masque une différence technique essentielle. Recall crée périodiquement des images de l’écran sur les PC Copilot+. Ces captures et leur index sont stockés et analysés localement, avec un chiffrement lié à Windows Hello et au module TPM, selon la documentation de Microsoft.
Computer History évite les images, mais analyse un flux de clics, de saisies et de changements d’application. Les événements temporaires sont envoyés à OpenAI pour être résumés, puis les mémoires sont enregistrées localement sans chiffrement propre à la fonction.
Les deux produits suivent également un modèle d’activation volontaire. Microsoft avait initialement présenté Recall avec une configuration moins explicite, avant de modifier son déploiement en juin 2024 et d’imposer une activation volontaire ainsi qu’une authentification Windows Hello. Comparer Computer History à la version actuelle de Recall exige donc plus qu’une simple opposition entre une fonction activée et une autre imposée par défaut.
Recall collecte davantage d’informations visuelles, mais les conserve chiffrées sur le PC. Computer History ne voit pas directement l’écran, mais ses événements passent par les serveurs d’OpenAI et génèrent des mémoires locales lisibles. Le choix le plus protecteur dépendra ainsi moins de la quantité apparente de données que du type d’informations collectées et du modèle de traitement accepté par l’utilisateur.
Le risque de prompt injection devient plus concret
OpenAI reconnaît que Computer History augmente le risque de prompt injection. Une page Web peut contenir des instructions malveillantes destinées à influencer un agent lorsqu’elles sont interprétées comme du contexte. La fonction crée un chemin supplémentaire entre ce contenu non fiable et les futures actions de ChatGPT ou de Codex.
La collecte peut aussi concerner des applications de communication. OpenAI recommande de désactiver Computer History pendant les échanges avec d’autres personnes en l’absence de leur consentement explicite. Les applications contenant des informations médicales, financières, professionnelles ou personnelles sensibles devraient être exclues plutôt que laissées dans la liste générale.
Computer History répond à un véritable problème : retrouver un travail récent sans demander à l’utilisateur de tout expliquer une seconde fois. Son intérêt dépendra cependant de la qualité des résumés, du contrôle réel des exclusions et de la résistance aux contenus malveillants. Pour les utilisateurs français, ces questions resteront théoriques tant qu’OpenAI n’aura pas précisé les conditions d’un éventuel lancement dans l’Union européenne.


