L’enquête sur le leak de GTA 6 avance devant la justice américaine. Take-Two cible Microsoft et Discord pour obtenir des données capables d’identifier les responsables.
Les premières vidéos attribuées à « Cyberleek » ont commencé à circuler le 18 août 2026. Depuis, Take-Two Interactive, la maison mère de Rockstar Games, multiplie les demandes de retrait et les procédures destinées à obtenir les traces laissées sur Microsoft, Discord, X et YouTube.
Cette distinction est importante. Les documents judiciaires ne sont pas déposés directement au nom de Rockstar, mais par Take-Two, propriétaire des droits concernés. Ils montrent une véritable enquête en cours, sans révéler pour autant comment les fichiers ont été obtenus ni qui se trouve derrière le pseudonyme Cyberleek.
L’enquête sur le leak de GTA 6 passe par la justice américaine
Le 20 août 2026, Take-Two a saisi le tribunal fédéral du district sud de New York afin d’obtenir deux assignations visant Microsoft et Discord. La procédure s’appuie sur la section 512(h) du Digital Millennium Copyright Act, ou DMCA.
Ce mécanisme permet au détenteur d’un copyright de demander à un fournisseur de services les informations nécessaires pour identifier un contrefacteur présumé. Le texte officiel de la loi américaine prévoit une transmission rapide des données disponibles lorsque l’assignation a été valablement délivrée.
Il ne s’agit toutefois ni d’un procès contre Microsoft ou Discord, ni d’une décision établissant la culpabilité des comptes visés. Une assignation DMCA sert ici à rechercher une identité. Elle ne démontre pas encore que la personne identifiée a volé une build de GTA 6, participé à une intrusion ou créé les premières vidéos.
Les premières demandes ont été acceptées le 21 août, avec une échéance de production fixée au 4 septembre 2026, d’après les informations tirées des dossiers 1:26-mc-00421 et 1:26-mc-00422.
Microsoft doit fournir ses propres traces sur Cyberleek
La demande adressée à Microsoft va plus loin que la simple identification d’un compte GitHub. Take-Two réclame les documents provenant d’une enquête interne que Microsoft aurait déjà ouverte autour de la personne ou du groupe utilisant le nom Cyberleek.
Les données recherchées comprennent des identifiants de comptes, des adresses IP, des informations liées aux appareils et certains contenus OneDrive associés à GTA, Rockstar ou Cyberleek. Take-Two espère donc pouvoir relier plusieurs traces techniques qui, prises séparément, ne suffiraient pas nécessairement à désigner une personne.
Microsoft a publiquement confirmé sa coopération. L’entreprise a indiqué travailler avec Take-Two et Rockstar afin de protéger leurs créations et leur propriété intellectuelle, selon la déclaration rapportée le 21 août par Windows Central.
Ce rapprochement de données peut théoriquement révéler qu’un même appareil, une même adresse IP ou un même compte a servi sur plusieurs plateformes. Les documents publics ne permettent cependant pas d’affirmer que Microsoft a déjà transmis ces informations ou que celles-ci identifient la source initiale du leak.
Discord : une première recherche très large, puis des cibles plus précises
La première demande adressée à Discord couvrait un ensemble particulièrement étendu de données. Elle visait des comptes nommément désignés, mais aussi des utilisateurs ayant communiqué dans plusieurs serveurs depuis le 1er juin 2026.
Take-Two cherchait notamment les adresses électroniques d’inscription, les adresses IP, les numéros de téléphone, les comptes externes associés, les identifiants d’appareils et certains journaux techniques. Cette portée a soulevé une question évidente : des milliers de membres ont pu fréquenter un serveur sans être liés à l’obtention ou à la publication initiale des vidéos.
La situation a évolué le 28 août. Dans une seconde demande d’assignation adressée à Discord, Take-Two affirme avoir identifié un utilisateur supplémentaire, obtenu de nouvelles informations sur un compte déjà repéré et recueilli davantage de renseignements sur les serveurs précédemment cités.
L’entreprise qualifie son enquête d’« en évolution rapide et toujours en cours » (“rapidly evolving and ongoing”). Cette nouvelle requête paraît donc plus ciblée que la première. Elle constitue le signe public le plus concret d’un resserrement de l’enquête, mais pas la confirmation que Cyberleek a été démasqué.
Take-Two veut garder ses nouvelles pistes secrètes
Le détail des nouvelles demandes adressées à Discord a été placé sous scellés. Dans sa requête du 28 août, Take-Two explique qu’une publication pourrait avertir les contrefacteurs présumés, leur permettre d’effacer des preuves ou les aider à éviter leur identification.
Cette demande de confidentialité suggère que Take-Two ne veut plus exposer publiquement les comptes, serveurs ou données techniques qu’elle examine. Elle ne permet pas de savoir si les nouvelles pistes désignent le détenteur de la build, une personne ayant relayé les vidéos ou un intermédiaire.
Selon les documents, la première assignation Discord aurait été délivrée et rapidement transmise à la plateforme le 21 août. TorrentFreak relève toutefois une contradiction avec une déclaration publique de Discord, qui affirmait autour du 24 août ne pas encore avoir reçu cette assignation. L’état exact des échanges entre les deux parties n’est donc pas entièrement visible.
Les pistes X et YouTube n’ont pas toutes été conservées
Take-Two a également déposé des demandes visant des comptes sur X et des chaînes YouTube ayant publié ou relayé des extraits. Les informations recherchées pouvaient inclure des adresses IP, des numéros de téléphone, des comptes associés et des identifiants d’appareils.
La demande visant X portait sur des publications contenant du contenu présenté comme issu de GTA 6. Certains comptes ciblés avaient néanmoins été décrits par la communauté comme de possibles imitateurs. Les identifier pourrait aider Take-Two à reconstruire la chaîne de diffusion, sans nécessairement conduire à la personne ayant obtenu les fichiers.
La piste YouTube a connu un autre sort. Après qu’un juge a demandé des précisions sur le lien entre les comptes visés et la vidéo concernée, Take-Two a retiré sa demande le 28 août. Dans sa lettre au tribunal, l’entreprise indique ne plus avoir besoin de ces informations particulières, tout en se réservant la possibilité de déposer une nouvelle requête.
Ce retrait ne signifie pas que la piste était fausse. Il peut aussi indiquer que les enquêteurs ont obtenu l’information autrement ou qu’ils ont décidé de privilégier Discord et Microsoft. Les documents publics ne permettent pas de trancher entre ces possibilités.
Les suppressions limitent la diffusion, mais ne révèlent pas forcément la source
Parallèlement aux demandes judiciaires, Take-Two a envoyé de nombreux avis de retrait visant les vidéos de GTA 6. YouTube a notamment détecté des copies à partir d’un fichier de référence fourni par Rockstar, selon les pièces et demandes examinées par TorrentFreak.
Ces retraits réduisent la disponibilité des contenus et préservent les droits de l’éditeur. Ils ne prouvent pas qu’un compte suspendu appartient à Cyberleek. Une vidéo peut être copiée puis remise en ligne par des utilisateurs sans relation avec le premier diffuseur.
Rockstar a pris publiquement la parole le 26 août pour qualifier ces fuites de douloureuses pour son équipe et rappeler que ce n’était pas la manière dont le studio souhaitait présenter GTA 6. Cette déclaration publiée sur X et rapportée par Tom’s Hardware ne donne toutefois aucun détail sur l’enquête, l’origine des fichiers ou l’identité des personnes recherchées.
Ce qui reste inconnu au 1er septembre 2026
Take-Two dispose désormais de comptes plus précis et semble comparer des informations provenant de plusieurs services. C’est confirmé par les documents judiciaires. En revanche, aucune source fiable ne confirme publiquement l’identité de Cyberleek, une arrestation, une plainte civile contre une personne déterminée ou l’intervention annoncée d’une police nationale.
Il demeure également impossible d’établir si les responsables ont directement pénétré les systèmes de Rockstar, compromis le compte d’un employé, récupéré une capture technique auprès d’un partenaire ou simplement reçu les fichiers d’une autre personne. Identifier celui qui publie les vidéos ne revient pas automatiquement à identifier celui qui les a extraites.
L’étape la plus importante sera la réponse de Microsoft et de Discord, initialement attendue le 4 septembre. En l’état, Take-Two ne se contente plus de faire supprimer les images : l’entreprise croise des traces techniques, affine ses comptes cibles et tente de préserver secrètement ses nouvelles pistes. Mais tant qu’aucun nom ou acte judiciaire supplémentaire n’est publié, annoncer que Rockstar a retrouvé « les coupables » irait au-delà de ce que les preuves permettent d’affirmer.


