OpenAI menace Apple d’un recours juridique pour rupture de contrat. Le partenariat noué en 2024 autour de l’intégration de ChatGPT dans l’écosystème iOS n’a pas produit les revenus escomptés, et les tensions entre les deux entreprises atteignent un point de rupture.
À l’été 2024, l’annonce à la WWDC d’un accord entre Apple et OpenAI avait fait l’effet d’une bombe dans le secteur de l’intelligence artificielle. ChatGPT allait s’intégrer directement à Siri et à plusieurs fonctionnalités d’iOS 18, promettant à OpenAI une distribution sans précédent auprès de centaines de millions d’utilisateurs d’iPhone. Deux ans plus tard, Bloomberg révèle que les juristes d’OpenAI travaillent activement avec un cabinet externe sur plusieurs options légales, dont l’envoi d’une mise en demeure pour rupture de contrat à Apple. L’information, publiée le 14 mai 2026, donne le ton d’une relation commerciale qui a visiblement viré à l’aigre.
Des revenus bien loin des milliards espérés
Au cœur du litige se trouve une déception financière massive. OpenAI estimait que la possibilité pour les utilisateurs iPhone de souscrire directement à un abonnement ChatGPT depuis les réglages iOS pourrait générer des milliards de dollars par an en revenus d’abonnement, un objectif qui n’a pas été approché. La structure de l’accord éclaire cette frustration : aucun des deux camps n’a structuré le partenariat autour de paiements directs. Apple attendait une solution IA intermédiaire pendant le développement de ses propres systèmes génératifs, tandis qu’OpenAI misait sur la croissance de sa base d’abonnés et sur les revenus issus de l’écosystème Apple. Autrement dit, OpenAI supporte les coûts d’infrastructure sans percevoir de compensation garantie en échange, et Apple encaisse une commission sur chaque abonnement souscrit via l’iPhone.
Un dirigeant d’OpenAI, cité anonymement par Bloomberg, a résumé la situation : « Quand nous avons entendu parler de cette opportunité, cela semblait extraordinaire : pouvoir acquérir un très grand nombre de clients et bénéficier d’une distribution au sein d’un écosystème mobile aussi important. » (When we heard about this opportunity, it sounded amazing: being able to acquire a giant number of customers and have distribution in such a big mobile ecosystem.) La réalité s’est avérée bien différente.
Une intégration jugée trop discrète et mal mise en avant
Au-delà des chiffres, c’est la qualité et la visibilité de l’intégration elle-même qui cristallise les reproches. OpenAI estime qu’Apple n’a pas suffisamment fait la publicité de l’intégration, ce qui aurait limité la prise de conscience des utilisateurs quant à son existence. Selon Bloomberg, OpenAI se plaint que l’intégration a été reléguée à l’arrière-plan, ses fonctionnalités difficiles à trouver, et que les revenus issus de ce partenariat sont très loin des projections.
Dans les faits, ChatGPT au sein des logiciels d’Apple expose moins de fonctionnalités que l’application autonome d’OpenAI et opère dans des limites bien plus strictes. Les utilisateurs doivent souvent invoquer explicitement « ChatGPT » dans leurs requêtes à Siri pour que les demandes soient redirigées vers les systèmes d’OpenAI. La firme estime également que l’implémentation choisie par Apple a semé la confusion chez les utilisateurs, rendant les fonctionnalités plus difficiles à utiliser. Le même dirigeant d’OpenAI cité par Bloomberg a déclaré que la startup avait rempli toutes ses obligations sur le plan produit, alors qu’Apple, selon lui, n’en aurait pas fait autant, ni même fourni un effort sincère en ce sens.
Deux entreprises qui se regardent désormais en rivales
La tension dépasse le simple cadre commercial. Au moment de la signature, Apple avait refusé de préciser exactement quelle forme prendrait l’intégration, demandant à OpenAI de lui faire confiance. Le dirigeant d’OpenAI cité par Bloomberg conclut que ce pari s’est soldé par un échec pour la startup. Les tentatives de renégociation de l’accord auraient depuis lors achoppé, sans avancée significative.
Du côté d’Apple, l’atmosphère n’est pas non plus sereine. La firme de Cupertino nourrit des inquiétudes concernant les standards de confidentialité d’OpenAI, ainsi que l’expansion récente de la startup dans le domaine matériel via le recrutement de Jony Ive, l’ancien directeur du design emblématique d’Apple. Sur le plan stratégique, Apple teste des intégrations avec Claude d’Anthropic et Google Gemini dans le cadre d’une ouverture à d’autres fournisseurs d’IA. Google Gemini devrait notamment alimenter le Siri remanié attendu cette année. Cette ouverture à la concurrence ne constitue pas, selon des sources proches du dossier citées par Reuters, le moteur de la démarche légale d’OpenAI, le partenariat initial n’ayant jamais été exclusif.
Ce que la WWDC 2026 pourrait changer
Le calendrier de cette crise n’est pas anodin. Une version remaniée de Siri dotée de capacités élargies est attendue lors de la WWDC 2026, prévue le 8 juin, où Apple devrait dévoiler davantage de détails sur ses plans en matière d’intelligence artificielle. Cette conférence représente à la fois une opportunité et une échéance pour les deux parties : si Apple présente une intégration de ChatGPT plus aboutie ou de nouveaux engagements, la pression légale pourrait retomber. Dans le cas contraire, la situation risque de franchir un nouveau palier.
OpenAI souhaitait régler ses différends avec Apple sans passer par la voie judiciaire, mais ses juristes travaillent activement avec un cabinet externe sur plusieurs options, dont la notification d’une rupture de contrat sans nécessairement déposer une plainte en bonne et due forme dans l’immédiat. Ce bras de fer entre deux géants de la tech illustre, au fond, les limites d’un accord conclu dans la précipitation, sans périmètre précisément défini, et dont chaque camp interprète aujourd’hui les obligations à sa façon. La WWDC sera un premier test pour savoir si un terrain d’entente est encore possible.




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