Les chiffres du premier trimestre 2026 confirment qu’OpenAI reste en tête sur les revenus face à Anthropic, mais les tendances de fond racontent une autre histoire.
Un écart de un milliard qui masque la dynamique réelle
OpenAI a généré 5,7 milliards de dollars de revenus au premier trimestre 2026, devançant Anthropic et ses 4,8 milliards de dollars d’environ un milliard, selon des données publiées par The Information. Sur le papier, la hiérarchie semble claire. Dans les faits, la lecture de ces chiffres trimestriels exige une mise en perspective immédiate.
Il y a un an, Anthropic affichait environ un milliard de dollars de revenus annualisés quand OpenAI en était à six milliards. Le rapport de force s’est considérablement resserré en douze mois, et les projections pour le deuxième trimestre laissent entrevoir un renversement de situation complet d’ici la fin de l’année.
ChatGPT marque le pas sur la croissance des utilisateurs
Le premier signal d’alerte pour OpenAI ne porte pas sur les revenus : il porte sur l’audience. La base d’utilisateurs actifs hebdomadaires de ChatGPT s’est stabilisée autour de 905 millions, tandis que les abonnements payants progressaient de 47 millions à 55 millions en fin d’année. Une croissance des abonnés réelle, mais insuffisante pour compenser le plafonnement de l’audience globale.
La structure des coûts d’OpenAI ajoute une autre couche de complexité. Pour chaque dollar de revenu généré, la société en perd 1,22, et ce calcul exclut des postes majeurs comme la rémunération en actions. OpenAI grandit vite, mais brûle encore plus vite. La société a reçu un financement sans précédent de 122 milliards de dollars de la part de partenaires stratégiques, dont Amazon et Nvidia, ce qui lui donne les moyens de financer cette phase de transition, mais la question de la rentabilité structurelle reste entière.
Anthropic prépare le renversement pour le T2
Là où OpenAI présente une trajectoire qui ralentit, Anthropic affiche une accélération presque verticale. Selon le Wall Street Journal, Anthropic est en passe de plus que doubler ses revenus du premier trimestre : la société projette 10,9 milliards de dollars pour le deuxième trimestre 2026, contre 4,8 milliards au T1. Cette dynamique s’accompagne d’un bénéfice opérationnel attendu de 600 millions de dollars pour le trimestre en cours, ce qui ferait d’Anthropic une entreprise proche de l’équilibre opérationnel, avant même une éventuelle introduction en bourse.
Le moteur de cette croissance est clairement identifié. La stratégie d’Anthropic cible délibérément les entreprises plutôt que le grand public, ce qui explique la nature de ses revenus : plus prévisibles, plus concentrés et moins dépendants des volumes d’utilisateurs individuels. Plus de 1 000 clients entreprises dépensent aujourd’hui plus d’un million de dollars par an auprès d’Anthropic, un chiffre qui était de 500 lors de l’annonce de la Série G en février 2026, soit un doublement en moins de deux mois.
Claude Code, l’outil de développement lancé publiquement mi-2025, joue un rôle central dans cette dynamique. Il a atteint un milliard de dollars de revenus annualisés en six mois seulement, et le Model Context Protocol (MCP) d’Anthropic a dépassé 97 millions d’installations en mars 2026. Ces produits ne sont pas des fonctionnalités que les entreprises testent une fois : ce sont des infrastructures sur lesquelles elles construisent leurs workflows.
La guerre des infrastructures : l’accord SpaceX qui change l’échelle
Au-delà des revenus trimestriels, c’est la bataille pour les capacités de calcul qui révèle peut-être le mieux les ambitions respectives des deux sociétés. Les détails financiers d’un accord majeur entre Anthropic et SpaceX ont été rendus publics le 20 mai 2026 dans le document S-1 déposé par SpaceX auprès de la SEC en vue de son introduction en bourse.
Anthropic paiera 1,25 milliard de dollars par mois à xAI jusqu’en mai 2029, avec un tarif réduit pendant les deux premiers mois de montée en charge. L’accord porte sur l’ensemble du datacenter Colossus 1, situé près de Memphis, dans le Tennessee. La capacité couverte représente 300 mégawatts et plus de 220 000 GPU Nvidia, soit une infrastructure considérable pour faire tourner les modèles Claude à grande échelle.
Dario Amodei, cofondateur et directeur général d’Anthropic, a précisé l’étendue du partenariat dans une déclaration publiée simultanément au dépôt du document S-1. « Nous étendons notre partenariat avec SpaceX et allons augmenter notre capacité sur les GPU Nvidia GB200 dans Colossus 2 tout au long du mois de juin », a-t-il déclaré. (We’re expanding our partnership with SpaceX, and will be scaling up on Nvidia GB200 capacity in Colossus 2 throughout June.)
L’accord représente environ 15 milliards de dollars par an, un montant qui pourrait presque doubler les revenus annuels de SpaceX, estimés à 18,7 milliards de dollars en 2025. Pour Anthropic, il s’agit de sécuriser des ressources de calcul rares à mesure que la demande pour Claude progresse dans les marchés entreprises et développeurs. Chacune des deux parties peut mettre fin au contrat avec un préavis de 90 jours, ce qui laisse une certaine souplesse dans un secteur où les équilibres technologiques peuvent évoluer rapidement.
Deux valorisations qui se disputent la première place
La course aux revenus se double d’une course aux valorisations, les deux sociétés se préparant à des opérations financières majeures. OpenAI se préparerait à une éventuelle introduction en bourse à une valorisation pouvant atteindre mille milliards de dollars, avec un dépôt possible dès le second semestre 2026. Anthropic, de son côté, envisage une nouvelle levée de fonds à une valorisation supérieure à 900 milliards de dollars, un niveau qui dépasserait la valorisation de 852 milliards d’OpenAI établie en mars 2026.
Selon le New York Times, la levée de fonds en cours d’Anthropic, qui vise entre 30 et 50 milliards de dollars, est assortie d’une valorisation pouvant atteindre 950 milliards de dollars. Si ces chiffres se confirment, Anthropic dépasserait OpenAI sur la valorisation avant même de l’avoir dépassé durablement sur les revenus trimestriels.
Le premier trimestre 2026 marque donc moins le triomphe d’OpenAI qu’un moment charnière dans la compétition entre les deux laboratoires d’IA les plus influents du monde. OpenAI conserve son avance commerciale, mais ses coûts structurels et le plafonnement de son audience grand public soulèvent des questions que les prochains trimestres devront trancher. Anthropic, de son côté, présente une trajectoire de croissance inédite à cette échelle, portée par des clients entreprises solides et des infrastructures de calcul qu’elle sécurise à des conditions inédites. Le deuxième trimestre 2026 dira si le renversement annoncé est bel et bien en train de se produire.
