Les États-Unis veulent contrôler l'exportation de toutes les puces IA mondiales

Les contrôles d’exportation de puces IA pourraient bientôt s’appliquer à tous les pays du monde. Washington a rédigé des règles imposant une licence gouvernementale pour tout envoi de semiconducteurs avancés en dehors des États-Unis.

Ce projet, révélé le 5 mars 2026 selon des sources proches du dossier, marquerait une rupture historique avec la politique actuelle. Jusqu’ici, les restrictions américaines visaient principalement la Chine et une quarantaine de pays identifiés comme sensibles. Avec ce texte, aucun pays ne serait exempté d’une procédure d’autorisation préalable du département du Commerce des États-Unis.​

Un tournant dans la politique mondiale des semiconducteurs

Le mécanisme envisagé serait gradué selon la taille des commandes. Un achat modeste par une entreprise étrangère ferait l’objet d’une révision allégée, selon des sources proches du dossier. En revanche, une commande de grande envergure pourrait imposer une implication directe du gouvernement du pays acheteur dans le processus d’approbation. Ce système donnerait à Washington un levier sans précédent sur l’ensemble des flux mondiaux de chips destinés à l’intelligence artificielle.​

Ce projet s’inscrit dans un contexte d’hésitations répétées. L’administration Trump avait abrogé en mai 2025 l’AI Diffusion Rule de Joe Biden, un texte prévu pour entrer en vigueur le 15 mai 2025 qui encadrait les exportations de puces IA selon un système de paliers par pays. La nouvelle approche en discussion serait encore plus centralisée, mais d’une nature différente : au lieu de caps par pays, ce serait une approbation systématique, transaction par transaction.​

La réponse ambiguë du département du Commerce

Face aux révélations, le département du Commerce a réagi rapidement, mais sans lever l’incertitude. « Le département du Commerce s’engage à promouvoir les exportations sécurisées de la technologie américaine. Nous avons réussi à faire avancer les exportations grâce à nos accords historiques au Moyen-Orient, et des discussions internes sont en cours sur la formalisation de cette approche. Des informations ont circulé aujourd’hui selon lesquelles nous reviendrions à la règle sur la diffusion de l’IA. Nous ne le ferons pas. Elle était trop contraignante, trop ambitieuse et désastreuse », a déclaré un porte-parole du département du Commerce dans une déclaration accordée à TechCrunch. (« The Commerce Department is committed to promoting secure exports of the American tech stack. We successfully advanced exports through our historic Middle East agreements, and there are ongoing internal government discussions about formalizing that approach. Today there was reporting that we were returning to the AI diffusion rule. We will not. It was burdensome, overreaching, and disastrous. »)

Le gouvernement rejette donc explicitement un retour à l’AI Diffusion Rule, mais reconnaît en même temps l’existence de discussions internes sur une formalisation des contrôles . Cette nuance est importante : il ne s’agit pas d’un démenti total, mais d’une clarification sur la forme que prendrait la nouvelle approche.

Nvidia et AMD face à une nouvelle incertitude

Les deux géants américains des puces IA sont directement concernés par tout durcissement des règles d’exportation. Nvidia et AMD n’avaient formulé aucune réponse publique au moment de la publication de cet article. Pour Nvidia, le contexte est particulièrement complexe : la société a indiqué ne toujours pas percevoir de revenus provenant des data centers en Chine, et ne pas savoir si Pékin autorisera les importations, même si Washington donne son accord, selon le Los Angeles Times.​

Cette situation résulte d’une instabilité réglementaire qui dure depuis plusieurs années. En janvier 2026, l’administration Trump avait adopté une révision au cas par cas pour les puces H200 de Nvidia et MI325X d’AMD exportées vers la Chine, abandonnant la politique de refus systématique en vigueur depuis 2022. Des entreprises chinoises avaient alors passé des commandes portant sur plus de deux millions de puces H200, d’une valeur potentielle de 14 milliards de dollars, selon une analyse du BISI publiée en février 2026. Malgré cela, très peu d’exportations ont été effectivement autorisées depuis lors.​

Un outil de pression géopolitique autant que sécuritaire

La portée de ce projet dépasse la simple logique de sécurité nationale. En soumettant chaque export de puce IA à une approbation gouvernementale, les États-Unis se constitueraient un outil de négociation d’une puissance considérable, comparable à l’usage des droits de douane dans les relations commerciales. Le Carnegie Endowment for International Peace anticipait cette logique dès mai 2025, observant que des licences universelles pourraient « promettre des exigences allégées en échange de concessions », autant que servir des objectifs strictement sécuritaires.​

Le revers est un risque commercial réel pour les entreprises américaines. Si l’accès aux semiconducteurs américains devient plus difficile ou imprévisible, des gouvernements et des entreprises pourraient se tourner vers des alternatives, à commencer par les puces Huawei et les fabricants chinois qui continuent d’améliorer leurs produits . Des parlementaires américains alertaient en février 2026 sur ce risque de substitution via des pays tiers comme la Thaïlande ou la Malaisie, poussant l’administration à consolider les contrôles chez ses alliés, selon Reuters.​

Le projet demeure au stade de brouillon et n’a reçu aucune confirmation officielle. Mais il illustre la tension centrale de la politique technologique américaine en 2026 : préserver la domination des États-Unis sur l’IA mondiale tout en préservant la capacité de ses entreprises à vendre leurs produits partout. Pour Nvidia et AMD, l’enjeu se chiffre en milliards de dollars de revenus potentiels. Suivre l’évolution de ce dossier est indispensable pour quiconque s’intéresse à l’avenir de la chaîne d’approvisionnement mondiale en semiconducteurs.