La fuite de données Trump Mobile est désormais officielle. L’opérateur a reconnu le 22 mai 2026 que les noms, adresses, numéros de téléphone et emails de ses clients étaient accessibles librement en ligne.
Ce que Trump Mobile a admis
La confirmation est venue de Chris Walker, porte-parole de l’entreprise, dans une déclaration accordée à TechCrunch le 22 mai 2026. Les données exposées comprennent les noms complets des clients, leurs adresses électroniques, leurs adresses postales, leurs numéros de téléphone et leurs identifiants de commande, le tout accessible sur l’internet ouvert. L’entreprise précise qu’aucune donnée financière n’a été compromise et qu’il n’y a pas eu d’intrusion dans ses propres systèmes ou infrastructures réseau.
Walker a attribué l’exposition à un prestataire tiers supportant « certaines opérations de Trump Mobile », sans nommer ce fournisseur. Cette imprécision laisse entière la question de la chaîne de responsabilité. Plus préoccupant encore : Trump Mobile évalue toujours si elle doit ou non notifier les clients concernés par cette exposition de leurs données personnelles.
Comment la faille a été révélée au public
L’alerte n’est pas venue de l’entreprise elle-même. Ce sont les YouTubers Coffeezilla et penguinz0, tous deux clients ayant précommandé le T1 phone doré, qui ont été contactés par un chercheur ayant découvert les données exposées en ligne. Ce chercheur avait d’abord tenté de signaler la vulnérabilité directement à Trump Mobile, sans succès.
« Coffeezilla, penguinz0 et moi-même avons contacté Trump Mobile par tous les moyens possibles pour les alerter et leur permettre de corriger le problème, car c’est une faille majeure. Nous n’avons eu aucune réponse », a déclaré penguinz0. (All of us have been met with radio silence.)
Coffeezilla, dont le vrai nom est Stephen Findeisen et qui est connu pour ses enquêtes sur les arnaques en cryptomonnaies, a personnellement vérifié la faille après que le chercheur lui a fourni des extraits de ses propres données comme preuve. « Tout sauf le numéro de carte bancaire est en train d’être diffusé », a déclaré Coffeezilla dans sa vidéo. (Everything short of a credit card number is being leaked.)
Une faille corrigée, mais des doutes persistants
Selon PCMag, la vulnérabilité avait été corrigée dès le 20 mai 2026. Coffeezilla a lui-même confirmé dans un commentaire épinglé sur YouTube que les données n’étaient plus accessibles. Mais le chercheur à l’origine de la découverte a averti que d’autres personnes avaient déjà répliqué l’exploit « assez facilement » avant la correction. Ce constat soulève des interrogations sérieuses sur la possibilité que les données circulent déjà en dehors du site.
Les deux créateurs de contenu ont également soulevé des questions plus larges sur la sécurité globale de Trump Mobile. L’entreprise propose un service téléphonique complet, ce qui implique le stockage de données particulièrement sensibles : historique de navigation, journaux d’appels et données de localisation.
Des chiffres de vente bien inférieurs aux annonces
L’exposition des données a eu un effet inattendu : elle a permis de vérifier les chiffres de vente réels de Trump Mobile, qui s’avèrent très éloignés de ceux communiqués publiquement. Alors que Trump Mobile avait été largement présentée comme ayant collecté environ 590 000 précommandes pour son T1 phone, représentant environ 59 millions de dollars de dépôts, l’analyse de la base de données exposée révèle en réalité environ 10 000 clients uniques et 30 000 commandes au total, soit environ 5 % des chiffres qui avaient circulé dans les médias.
Un porte-parole de l’Associated Press a confirmé que ses articles originaux ne contenaient pas ce chiffre de 590 000 précommandes, pourtant repris abondamment par de nombreux médias et même par des outils d’intelligence artificielle. Cette révision à la baisse radicale vient s’ajouter à la liste déjà longue des controverses qui entourent l’entreprise depuis son lancement.
La pression politique s’intensifie
Le sénateur Mark Warner, vice-président de la commission sénatoriale du renseignement, a adressé une lettre détaillée au PDG de Trump Mobile, Patrick O’Brien, après la révélation de la faille, lui fixant une échéance au 25 mai 2026 pour répondre à 14 questions précises. Ces questions portent notamment sur la fabrication du téléphone et les pratiques de sécurité de l’entreprise. Le T1 phone avait initialement été présenté comme fabriqué aux États-Unis, une promesse qui a depuis disparu des supports marketing, remplacée par une formule indiquant que l’appareil a été « conçu avec des valeurs américaines à l’esprit ».
Le calendrier de livraison a lui aussi été une source de tension continue. Annoncé pour août 2025, le T1 phone a été repoussé à plusieurs reprises, en novembre, en décembre puis en 2026, avant que la date de sortie ne soit retirée du site web. Trump Mobile a annoncé début mai 2026 que les expéditions avaient finalement commencé.
Cette affaire illustre un problème structurel qui dépasse la simple faille technique : une entreprise qui n’a pas répondu aux alertes de sécurité, qui évalue encore si elle doit prévenir ses propres clients, et dont les chiffres annoncés ne résistent pas à l’examen des données réelles. Les clients dont les informations ont été exposées sont invités à surveiller leurs comptes pour détecter tout email, appel ou SMS suspect, et à activer la double authentification sur leurs services en ligne dans l’immédiat.




No Comment! Be the first one.