OpenAI préparerait un smartphone à agents IA conçu pour supprimer les applications traditionnelles. L’analyste Ming-Chi Kuo a publié cette information dans un post sur X le 27 avril 2026.
Le projet soulève une question fondamentale sur l’avenir du mobile : dans un monde où un agent peut réserver un billet, envoyer un email et gérer un agenda sans qu’on ouvre jamais une application, à quoi servent encore les apps ? La réponse d’OpenAI semble être : à pas grand-chose.
Pourquoi OpenAI a besoin de son propre hardware
Depuis leur création, les écosystèmes iOS et Android fonctionnent comme des péages. Apple et Google décident des données auxquelles une application peut accéder, des fonctions système qu’elle peut utiliser et des interactions qu’elle peut déclencher. Pour un modèle de langage conçu pour agir au nom de l’utilisateur, ces restrictions ne sont pas de simples contraintes techniques, elles sont un frein stratégique direct.
En développant son propre appareil, OpenAI s’affranchirait de cette dépendance et pourrait déployer ses agents IA à tous les niveaux du système, sans attendre l’accord d’une plateforme concurrente. Kuo précise dans sa note que le smartphone serait conçu pour « comprendre en permanence le contexte de l’utilisateur » (continuously understand users’ context). Ce suivi continu est exactement ce que les systèmes d’exploitation actuels rendent difficile pour des applications tierces.
Une chaîne industrielle de premier rang
Selon la note de l’analyste, Qualcomm et MediaTek seraient impliqués conjointement dans la conception du processeur, une configuration inhabituelle puisque les deux entreprises sont habituellement concurrentes directes. Luxshare, déjà connue pour assembler les AirPods d’Apple, serait pressenti comme partenaire exclusif de co-conception et de fabrication système.
Ce trio n’est pas là par hasard. Qualcomm équipe actuellement environ 75% des appareils Galaxy S26 de Samsung, tandis que Luxshare apporte une expérience industrielle éprouvée dans l’électronique grand public à grande échelle. Plusieurs indices suggèrent que l’association Qualcomm/MediaTek viserait à couvrir à la fois le segment premium et le milieu de gamme, afin de permettre des volumes élevés. Kuo projette d’ailleurs une production annuelle comprise entre 300 et 400 millions d’unités une fois l’appareil lancé.
La publication de la note a eu un effet immédiat sur les marchés : le cours de bourse de Qualcomm a progressé de 13% dans les heures suivant la diffusion de l’information.
La fin des applications : une idée qui progresse dans l’industrie
OpenAI ne porte pas seul cette vision. Carl Pei, directeur général de Nothing, a déclaré lors du festival SXSW que les applications allaient finir par disparaître. Des développeurs de plateformes de vibe coding formulent la même prédiction. L’idée repose sur un constat simple : une application impose une interface rigide que l’utilisateur doit apprendre à naviguer, alors qu’un agent comprend une intention et l’exécute directement.
Pour OpenAI, ce modèle présente un avantage supplémentaire : en contrôlant l’appareil lui-même, la société accède à des données comportementales bien plus riches qu’une simple application mobile ne peut en collecter. Elle peut observer les déplacements, les habitudes de communication, les routines quotidiennes, et alimenter ses modèles avec des signaux que les applications actuelles ne captent pas. Kuo souligne précisément cet angle dans sa note : la collecte de données contextuelles continus serait l’un des objectifs centraux du projet.
Pour gérer la charge de traitement, OpenAI travaillerait sur une combinaison de modèles légers embarqués et de modèles cloud, selon la nature des requêtes. Les tâches simples seraient traitées directement sur l’appareil pour préserver la vie privée et limiter la latence, tandis que les requêtes complexes seraient renvoyées vers les serveurs de l’entreprise.
2026, 2027, 2028 : une feuille de route en trois temps
OpenAI ne part pas de zéro dans le hardware. En mai 2025, la société a acquis io, la startup fondée par Jony Ive, l’ancien directeur du design d’Apple, signalant clairement son intention d’entrer sur le marché des appareils grand public. En janvier 2026 à Davos, Chris Lehane, directeur des affaires mondiales d’OpenAI, a déclaré lors d’un événement organisé par Axios que la société était « en bonne voie » pour annoncer son premier produit hardware dans la seconde moitié de l’année.
Ce premier appareil ne serait pas le smartphone. Selon plusieurs rapports concordants, il prendrait la forme d’écouteurs portant le nom de code « Sweet Pea », fonctionnant sur un processeur 2 nanomètres et capables de traiter des tâches IA localement, sans écran. Sam Altman a lui-même décrit le produit à venir comme plus « paisible et calme » qu’un iPhone, dans des déclarations publiques de novembre 2025.
Le smartphone OpenAI représente l’étape suivante. Selon Kuo, les spécifications finales et les fournisseurs de composants seraient arrêtés d’ici fin 2026 ou début 2027, avec un démarrage de la production de masse en 2028. Cette progression par étapes suit une logique industrielle classique : lancer un premier appareil pour tester la distribution et la relation avec les consommateurs, avant de passer à un produit plus complexe et plus risqué.
Le défi reste considérable. ChatGPT compte aujourd’hui près d’un milliard d’utilisateurs hebdomadaires, mais OpenAI n’a encore jamais fabriqué ni vendu le moindre appareil physique. Les précédents récents dans le segment des devices IA autonomes, notamment le Humane Pin et le Rabbit R1, se sont tous deux soldés par des échecs commerciaux. OpenAI n’a pas souhaité commenter les informations de Kuo au moment de la publication de cet article. Les prochains mois, et notamment l’annonce attendue de ses écouteurs, permettront de mesurer jusqu’où la société est réellement prête à aller dans le hardware.



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