Meta développe un pendentif IA dont les tests internes débuteraient au printemps 2027, selon un mémo interne consulté par The Information le 30 mai 2026. L’entreprise mise sur les wearables pour inverser les pertes colossales de Reality Labs.
Un mémo interne dévoile trois axes stratégiques
Le document provient d’Alex Himel, vice-président des wearables chez Meta. Consulté par The Information, ce mémo interne trace une feuille de route articulée autour de trois priorités : le développement d’un pendentif IA, l’expansion significative de la gamme de lunettes connectées, et le lancement d’une offre dédiée aux entreprises baptisée « Wearables for Work ». Meta n’a pas souhaité commenter ces informations, qui n’ont pas encore fait l’objet d’une annonce officielle du groupe.
Le pendentif lui-même reste un projet à l’état embryonnaire. Le mémo ne précise pas ses caractéristiques techniques définitives, mais selon The Information, l’appareil pourrait intégrer une caméra. Les tests internes, désignés sous le terme « dogfooding » dans le secteur, sont programmés pour le printemps 2027, ce qui laisse encore près d’un an de développement avant même la phase de validation produit.
L’acquisition Limitless, point de départ du projet
Le projet ne part pas de zéro. En décembre 2025, Meta a acquis Limitless, une startup californienne qui commercialisait depuis 2024 un pendentif IA vendu 99 dollars, capable de s’attacher à un vêtement ou de se porter en collier. L’appareil enregistrait les conversations en continu, en générait des résumés, des transcriptions et constituait une base de données consultable de tout ce que l’utilisateur avait dit ou entendu. La société avait levé plus de 33 millions de dollars auprès d’investisseurs dont Andreessen Horowitz et Sam Altman.
Dans une déclaration transmise à TechCrunch au moment de l’acquisition, Meta avait indiqué vouloir « accélérer notre travail de développement de wearables IA » (accelerate our work to build AI-enabled wearables). De son côté, Dan Siroker, PDG de Limitless, avait écrit dans l’annonce officielle publiée sur le site de la société : « Nous ne travaillons plus sur une idée marginale bizarre. Nous construisons un futur qui semble désormais inévitable. » (We’re no longer working on a weird fringe idea. We’re building a future that now seems inevitable.)
Depuis le rachat, Limitless a cessé de vendre ses pendentifs à de nouveaux clients. Les utilisateurs existants bénéficient d’un plan illimité gratuit pendant au moins un an, ainsi que d’un accès aux mises à jour logicielles.
Une gamme de lunettes en expansion accélérée
Au-delà du pendentif, le mémo d’Alex Himel trace une feuille de route ambitieuse pour les lunettes intelligentes Meta. Actuellement limitée aux modèles Ray-Ban Meta et Oakley Meta, développés en partenariat avec EssilorLuxottica, la gamme devrait s’ouvrir à de nouvelles marques et de nouveaux styles pour toucher un public plus large et améliorer les marges. Selon The Information, quatre modèles sont prévus avant la fin 2026 : le premier, au nom de code « Modelo », serait lancé dès le mois de juin, suivi de « Luna » et d’un nouveau modèle Ray-Ban à l’automne, avant qu’un dernier modèle baptisé « Mojito VIP » ne vienne clore l’année en décembre.
Meta travaille par ailleurs sur des modèles plus avancés intégrant ce que le groupe appelle la « supersensing » : des caméras et des capteurs capables de fonctionner en continu pendant plusieurs heures, afin de permettre à l’assistant IA de suivre le fil d’une journée entière. Ces lunettes pourraient, selon le mémo, alerter l’utilisateur s’il a oublié ses clés ou lui rappeler d’acheter un ingrédient pour le dîner. Deux modèles aux noms de code « Artemis » et « SSG » (pour « supersensing glasses ») sont en développement, sans calendrier confirmé à ce stade.
La dynamique commerciale de la gamme existante plaide pour cette expansion. EssilorLuxottica a confirmé en février 2026 que plus de 7 millions de paires de Ray-Ban Meta avaient été vendues en 2025. Mark Zuckerberg, lors de la présentation des résultats du premier trimestre 2026, a déclaré que l’utilisation quotidienne de ces lunettes avait triplé sur un an, qualifiant le produit de « l’une des catégories d’électronique grand public à la croissance la plus rapide de l’histoire ». (one of the fastest-growing categories of consumer electronics ever)
La pression financière de Reality Labs
Cette offensive produits s’inscrit dans un contexte de pertes structurelles. Reality Labs, la division hardware de Meta, a enregistré une perte de 4,03 milliards de dollars au T1 2026 pour un revenu de seulement 402 millions de dollars, selon le rapport financier trimestriel de Meta. Ce résultat s’inscrit dans une tendance lourde : depuis 2021, la division a accumulé plus de 83,5 milliards de dollars de pertes cumulées, soit une moyenne de 4 milliards par trimestre.
Face à cela, Alex Himel fixe des objectifs commerciaux précis dans son mémo : vendre 10 millions d’appareils wearables au second semestre 2026 et atteindre 6,8 millions d’utilisateurs actifs mensuels d’ici la fin de l’année. Pour y parvenir, le groupe combine le lancement de nouveaux modèles et une expansion géographique vers de nouveaux marchés. Meta mise aussi sur la monétisation logicielle : le groupe a lancé cette semaine deux abonnements pour son assistant IA Meta AI, Meta One Plus à 7,99 dollars par mois et Meta One Premium à 19,99 dollars, disponibles sur Facebook, Instagram, WhatsApp et prochainement sur les lunettes intelligentes. Ces formules donnent accès à plus de puissance de calcul, à un raisonnement de modèle approfondi et à davantage de génération d’images et de vidéos. Un programme permettant à des développeurs tiers d’intégrer leurs propres applications sur les wearables Meta est également en préparation.
Un marché aux antécédents difficiles
L’histoire des wearables IA est jalonnée d’échecs retentissants. L’AI Pin de Humane, vendu 699 dollars avec abonnement mensuel, a été éreinté par les critiques à sa sortie en 2024 pour sa lenteur, ses problèmes de surchauffe et son utilité trop limitée. HP a finalement racheté les actifs de la startup pour 116 millions de dollars en février 2025, soit un effondrement de 86% par rapport à l’évaluation maximale de la société. Le Rabbit R1, concurrent lancé au CES 2024 avec beaucoup de bruit médiatique, n’a guère mieux convaincu les consommateurs.
Meta occupe toutefois une position structurellement différente de ces précurseurs. Le groupe dispose déjà d’une base installée de plusieurs millions d’utilisateurs avec ses Ray-Ban Meta, d’un réseau de distribution mondial et d’une capacité d’investissement sans commune mesure avec celle des startups qui ont échoué avant lui. Le pendentif ne serait pas un produit isolé tentant de créer une nouvelle catégorie ex nihilo, mais un second format dans un écosystème hardware qui a déjà prouvé son attrait commercial. Les futurs appareils seront alimentés par Muse Spark, le dernier modèle IA de Meta, et par un agent IA encore non lancé baptisé « Hatch ». La question des données personnelles captées en continu, et la manière dont Meta les exploitera, constituera néanmoins un obstacle de confiance significatif à surmonter auprès des consommateurs.
Une course industrielle à trois acteurs
Meta n’est pas seul sur ce terrain. OpenAI a racheté io Products, la société cofondée par l’ancien designer d’Apple Jony Ive, pour 6,5 milliards de dollars, et mobiliserait plus de 200 personnes sur une gamme d’appareils IA incluant une enceinte connectée et, selon certaines sources, un smartphone. Google, de son côté, a annoncé en mai 2026 des lunettes connectées développées en partenariat avec Samsung et Qualcomm, attendues pour l’automne de la même année.
La feuille de route révélée par le mémo d’Alex Himel illustre la transformation que Mark Zuckerberg cherche à opérer : faire de Meta un acteur incontournable du hardware IA grand public, et non plus seulement une plateforme de réseaux sociaux. Si les objectifs de ventes sont atteints et si le pendentif répond aux attentes en matière d’utilité et de respect de la vie privée que ses prédécesseurs n’ont jamais satisfaites, le groupe pourrait enfin commencer à justifier les dizaines de milliards investis dans Reality Labs depuis 2021. Pour cela, Meta devra convaincre des consommateurs qui ont déjà vu trop de promesses non tenues dans la catégorie.




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