Les prix de la DRAM mobile explosent en 2026 et la tendance ne montre aucun signe d’essoufflement. Selon TrendForce, les tarifs pourraient encore doubler au deuxième trimestre, après une première hausse historique en début d’année.
Une flambée trimestrielle sans précédent
La crise de la mémoire mobile s’accélère à une vitesse qui surprend même les analystes les plus pessimistes. TrendForce prévoit une hausse des prix de la LPDDR4X comprise entre 70 et 75 % sur un trimestre au deuxième trimestre 2026, tandis que la LPDDR5X, la mémoire la plus rapide utilisée dans les appareils haut de gamme, devrait enregistrer une augmentation de 78 à 83 %. D’autres projections du même cabinet vont encore plus loin, avec des estimations atteignant 93 à 98 % de hausse trimestrielle.
Ces chiffres s’inscrivent dans la continuité d’un premier trimestre déjà douloureux. La LPDDR5X avait déjà progressé d’environ 60 % au cours du premier trimestre 2026. Pour donner une mesure concrète de l’impact financier, les prix contractuels de la LPDDR5 tournaient autour de 10 dollars par gigaoctet en début d’année. Si les projections de TrendForce se confirment, les fabricants pourraient payer près de 20 dollars par gigaoctet d’ici la fin du deuxième trimestre. Certains signeraient même déjà des accords d’approvisionnement à long terme à hauteur de 21 dollars par gigaoctet.
L’IA comme moteur principal de la pénurie
Pour comprendre cette flambée, il faut regarder du côté des centres de données et de la course mondiale à l’intelligence artificielle. La demande des centres de données IA continue de dépasser l’offre disponible, créant un déséquilibre structurel entre l’offre et la demande sur le marché de la mémoire.
Le mécanisme est précis : les puces HBM (High Bandwidth Memory), indispensables aux accélérateurs IA, consomment une part croissante des capacités de production de DRAM. La demande pour un stockage haute performance a largement dépassé les prévisions initiales, portée par les applications IA liées à l’inférence. En clair, chaque wafer de silicium consacré aux puces HBM est un wafer qui ne produit pas de mémoire mobile standard.
La situation est aggravée par la stratégie délibérée des fabricants. Samsung et SK Hynix, qui représentent ensemble environ 70 % du marché mondial de la DRAM, ont signalé à leurs investisseurs qu’ils n’envisageaient pas d’augmenter agressivement leurs capacités de production. La priorité reste la rentabilité, pas le volume. Dans ce contexte, la pression sur les prix de la mémoire mobile n’a aucune raison de se relâcher à court terme.
Des smartphones plus chers et moins bien équipés
Les constructeurs de smartphones ne peuvent pas absorber indéfiniment ces surcoûts. Les répercussions sont déjà visibles dans leurs choix stratégiques, et les consommateurs commencent à en payer le prix.
Pour Apple, dont la rentabilité est pourtant solide, la part de la mémoire dans le coût total de production des iPhones devrait augmenter significativement au premier trimestre 2026. Pour les marques Android ciblant les segments intermédiaire et entrée de gamme, où la mémoire est un argument marketing déterminant, la hausse des coûts les contraindra à relever les prix de lancement de leurs nouveaux modèles en 2026.
TrendForce avait d’ailleurs signalé dès décembre que les smartphones bas de gamme pourraient revenir à 4 Go de RAM en 2026. Une régression notable dans un marché où 8 Go était devenu la norme pour les appareils d’entrée de gamme. Les marques cherchent à maintenir leurs prix de vente sans absorber la totalité de la hausse des composants, et la réduction des spécifications est souvent la solution retenue.
Un impact macroéconomique mesuré par Gartner
L’ampleur de la crise dépasse le simple débat technique sur les spécifications. Gartner estime une hausse cumulée de 130 % des prix de la mémoire DRAM et des SSD d’ici la fin de 2026, ce qui devrait se traduire par une augmentation de 17 % des prix des PC et de 13 % des prix des smartphones par rapport aux niveaux de 2025. Selon le cabinet, les livraisons mondiales de PC reculeraient de 10,4 % et celles de smartphones de 8,4 % sur l’ensemble de l’année 2026.
Cette contraction des volumes est directement liée à la montée des prix. Quand un appareil coûte davantage, une partie des acheteurs reporte son achat ou opte pour un modèle inférieur. Gartner qualifie cette situation de contraction la plus sévère des livraisons d’appareils observée depuis plus d’une décennie.
Une crise installée jusqu’en 2027, au minimum
La question que se posent tous les observateurs est simple : quand cela s’arrête-t-il ? La réponse est décourageante pour les consommateurs. Les prix de la mémoire sont déjà environ trois fois plus élevés qu’au début de 2025. Les analystes n’anticipent pas de véritable détente avant au moins fin 2027.
Les hausses de prix sur la DDR4, la DDR5 et la NAND ont dépassé les 200 % dans certains segments depuis début 2025. La cause structurelle ne disparaîtra pas rapidement : construire de nouvelles capacités de production de semiconducteurs prend plusieurs années. Les délais de construction de salles blanches s’étendent désormais sur des années plutôt que sur des mois.
Les fabricants de smartphones ont encore peu de marges de manoeuvre. Ils peuvent réduire les spécifications, augmenter les prix de vente, ou les deux à la fois. Aucune de ces options n’est favorable au consommateur final. Ceux qui envisagent un achat dans les prochains mois auraient intérêt à se décider rapidement, avant que la nouvelle vague de hausses du deuxième trimestre 2026 ne se répercute pleinement sur les prix en rayon.




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