Une application open source baptisée Goose permet d’exploiter le WHOOP 5.0 sans abonnement. Développée en seulement 23 heures, elle relance le débat sur le modèle économique imposé par WHOOP.
Un défi lancé le 1er juin 2026, relevé en 23 heures chrono
Le 1er juin 2026, un développeur se présentant sous le pseudonyme Bennett (@b_nnett sur X) a lancé publiquement un défi : effectuer une rétro-ingénierie du WHOOP 5.0 pour le faire fonctionner sans abonnement, en 24 heures. Moins d’une journée plus tard, il publiait son projet sur GitHub sous le nom Goose. « 23,5 heures plus tard… il y a une application et elle est open source. Elle suit les activités et le sommeil. Elle supporte tous les capteurs : FC, SpO2, VFC, température, mouvement, etc. », a écrit Bennett dans un post X. (23.5 hours later… there’s an app and it’s open source. It tracks activities & sleep. It has full sensor support: HR, SpO2, HRV, Temperature, Motion, etc.)
Ce qui rend ce projet encore plus notable, c’est la méthode employée. Bennett a indiqué avoir utilisé Codex, l’outil d’IA d’OpenAI, pour écrire une partie du code, en se chargeant lui-même de la direction du projet et de la résolution des problèmes. En moins d’une journée, un développeur solo équipé d’un assistant IA a donc produit une preuve de concept fonctionnelle, capable de capter et d’afficher des données réelles depuis un bracelet commercialisé avec un abonnement obligatoire débutant à 199 dollars par an.
Une architecture locale, sans contact avec les serveurs de WHOOP
Sur le plan technique, Goose repose sur une architecture délibérément locale. L’application iOS, développée en SwiftUI, se connecte au WHOOP 5.0 via le protocole CoreBluetooth pour lire directement les données brutes émises par les capteurs du bracelet. Ces données transitent ensuite par un noyau écrit en Rust, qui les traite et les transforme en métriques de santé exploitables, dont la récupération, le sommeil, la contrainte cardiaque, le stress, l’énergie et un module de coaching. Aucune donnée ne quitte l’appareil. Il n’y a ni synchronisation cloud, ni communication avec les serveurs de WHOOP.
La documentation du projet sur GitHub précise clairement que Goose est un projet indépendant, sans affiliation avec WHOOP, et que le dépôt ne contient aucun code ni API appartenant à la société. L’application exploite uniquement les données exposées par le bracelet via Bluetooth. Ce positionnement est juridiquement structurant : il ne s’agit pas de contourner un paywall ou d’intercepter une communication chiffrée, mais de lire des données que le hardware émet localement et accessiblement.
Un pre-alpha prometteur, mais encore réservé aux développeurs
La documentation GitHub du projet ne laisse aucune ambiguïté sur l’état actuel de Goose. L’application présente des ralentissements très importants, reconnus d’emblée par Bennett, et aucun travail spécifique n’a encore été consacré aux performances. Les contributions de développeurs pour optimiser le code sont explicitement sollicitées. Par ailleurs, seul le WHOOP 5.0 est pris en charge. Les générations antérieures du bracelet ne fonctionnent pas avec cette version du projet.
Autre limite de taille : Goose est pour l’instant exclusivement disponible sur iOS. Le portage vers Android n’est pas encore prévu, et la compilation de l’application nécessite une maîtrise de Xcode ainsi que du noyau Rust, ce qui réserve l’installation aux profils techniques. Pour les utilisateurs non développeurs, Bennett annonce une première beta publique sur TestFlight prévue pour le 13 juin 2026, une date qui devrait élargir considérablement le cercle des testeurs potentiels et donner une meilleure mesure de l’intérêt réel de la communauté.

Le modèle WHOOP sous pression croissante
L’émergence de Goose s’inscrit dans un contexte de tension durable autour du modèle économique de WHOOP. Selon les informations publiées sur le site officiel de WHOOP, la société propose trois niveaux d’abonnement : One à 199 dollars par an, Peak à 239 dollars par an, et Life à 359 dollars par an. Le bracelet n’est jamais vendu séparément : il est inclus dans l’abonnement, mais si ce dernier est résilié, l’appareil cesse de fonctionner et les données historiques sont verrouillées au bout de trente jours.
Ce modèle a déjà alimenté des controverses. Lors du lancement du WHOOP 5.0, la société avait initialement annoncé une politique de mise à niveau payante pour les abonnés existants, en contradiction directe avec ses engagements passés. Après une forte réaction de la communauté, WHOOP avait revu sa position, reconnaissant qu’un article publié sur son propre site affirmait incorrectement qu’un abonnement de six mois donnait droit à une mise à niveau gratuite. Plus récemment, le lancement du Fitbit Air par Google, proposé sans abonnement obligatoire et à un tarif nettement inférieur, a mis en relief l’isolement progressif de WHOOP sur cette question.
WHOOP n’est pas la seule entreprise concernée par cette dynamique. Quelques jours avant la publication de Goose, une initiative similaire avait émergé autour de l’Oura Ring, permettant d’accéder aux données de santé de la bague connectée sans passer par son abonnement mensuel. Ces projets indépendants, de plus en plus fréquents, traduisent une frustration structurelle des utilisateurs face à un modèle où le hardware n’a aucune valeur sans abonnement actif.
Le succès immédiat du post de Bennett sur X, qui a cumulé plus de 2,2 M vues en quelques heures, mesure l’ampleur de cette attente. Que Goose devienne ou non un outil utilisable au quotidien, le projet pose une question de fond sur la durabilité du modèle hardware-as-a-subscription à un moment où la concurrence choisit délibérément une direction opposée. Si la beta TestFlight du 13 juin 2026 suscite l’adhésion de la communauté open source, ce prototype pourrait évoluer rapidement vers une alternative crédible, et accentuer encore la pression sur WHOOP pour repenser son modèle avant que d’autres initiatives similaires ne le fassent à sa place.




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